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 Plus de 10% de la population souffre de maladies psychiques en Algérie

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Admino
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Localisation : alger
Date d'inscription : 23/06/2008

MessageSujet: Plus de 10% de la population souffre de maladies psychiques en Algérie   Mer 10 Sep - 23:23

Le Pr Redouh Bachir, chef de service de psychiatrie médico-légale, au Jeune Indépendant : «La situation vécue par le pays fragilise la santé mentale des Algériens»

Les spécialistes sont unanimes : la santé mentale des Algériens est en danger. Les statistiques recueillies par une étude suisse, révélée l’an dernier lors du Congrès international de psychiatrie d’Alger, montre que pas moins de deux millions d’Algériens nécessitent une prise en charge psychiatrique conséquente et que 3 à 7 % de la population doit bénéficier d’un traitement psychiatrique. Ces chiffres, selon les spécialistes, restent «modérés» par rapport à ceux donnés par une étude américaine, estimant entre 10 et 12 % la population algérienne souffrant de maladies mentales. Selon les spécialistes, le climat social délétère, conjugué à la tragédie nationale qu’a traversée le pays, auraient été pour beaucoup dans l’aggravation de la situation. Il faut dire que jusqu’à présent, aucun recensement du nombre de personnes ayant subi des traumatismes psychologiques et/ou psychiques aigus lors de la tragédie nationale n’a été établi. A défaut d’une prise en charge, qui aurait évité à plusieurs victimes de sombrer dans la «folie». Ceci dit, une enquête menée en 2006 dans le cadre du Programme national de santé mentale au ministère de la Santé fait état de 0,5 % de la population présentant des pathologies psychiatriques. Les spécialistes algériens évaluent le nombre de personnes atteintes de maladies mentales à 150 000 cas dont 26 000 recensés en 2005. Néanmoins, dans la plupart des cas, les chiffres recensés par les enquêteurs, algériens ou étrangers, sont loin de refléter la réalité. Et pour cause : la maladie mentale demeure encore un tabou, beaucoup de malades ne sont pas déclarés par leurs familles. Cette même enquête indique qu’il y a en Algérie seulement 1,43 lit pour 10 000 habitants, 1,13 psychiatre pour 100 000 habitants et 6,44 infirmiers spécialisés en psychiatrie pour 100 000 habitants. Il est donc urgent de prendre ce problème à bras-le-corps en prescrivant des mesures nécessaires à même de diminuer la portée de ce phénomène. Pour en savoir plus sur ce problème de santé, nous nous sommes rapprochés du Pr Redouh Bachir, chef du service de psychiatrie médico-légale au CHU de Blida, qui a bien voulu nous accorder cet entretien.

Le jeune indépendant : Quels sont les cas pathologiques les plus fréquents que vous recevez au niveau de votre service ?
Pr. B. Redouh : Nous sommes une institution qui traite plutôt les cas de psychiatrie lourde, c’est-à-dire les psychoses qui représentent comme schizophrénie un cas pour mille de la population mondiale. Il n’y a pas de chiffre concernant l’Algérie qui déterminent la situation. Mais généralement, nous traitons à notre niveau les schizophrénies et les psychoses maniaco-dépressives.
L’état dépressif majeur reste notre grand souci, parce que les personnes atteintes viennent en consultation mais restent à l’extérieur. Ce sont des personnes qui subissent beaucoup de stress dans leur vie quotidienne que ce soit au travail ou chez eux. Je prends comme exemple les gens qui entament une grève de la faim pour leurs revendications sociales : certains s’en sortiront mais d’autres seront forcément atteints sur le plan psychologique.
On dit que le stress est le mal du siècle et qu’il est à l’origine de beaucoup de maladies. Qu’en est-il exactement chez nous ?
Nous avons en particulier le stress post-traumatique. Nous avons vécu des moments difficiles lors de la décennie noire, en plus des problèmes sociaux que nous vivons quotidiennement, surtout au travail et de la peur de l’avenir incertain que vivent les jeunes, ce qui fait que les Algériens sont confrontés à un stress intense. Dans la liste des déclencheurs de ce type de maladie, on peut dire que rien ne nous manque.
Quelles sont les principales conséquences du stress sur les personnes ?
La déprime et la démobilisation sont les premiers effets du stress sur l’individu. Viennent ensuite les troubles du sommeil, les problèmes d’estomac, les problèmes de reins, la nervosité, la morosité et l’irritabilité.
C’est une situation handicapante. Parce que dans le cadre familial, il y a risque d’atteinte de l’environnement social et dans le milieu du travail c’est la même chose.
Cette pathologie, souvent très handicapante, est à l’origine de beaucoup de certificats de maladie et d’une certaine démobilisation dans le monde du travail.
Que faudrait-il faire pour surpasser son stress ?
Les pays européens ont trouvé la solution, de loin la meilleure, c’est la sur-médication. Pour le moindre petit trouble, c’est le psychiatre et les psychotropes. C’est connu, les pays européens sont les premiers consommateurs d’antidépresseurs.
Chez nous, nous avons cette thérapeutique, mais avec l’avantage de l’existence d’un mode de vie où l’entraide est très présente et forte. Dans une famille, même s’il y a 4 ou 5 personnes qui ne travaillent pas, il y a toujours quelqu’un qui travaille pour les autres. Il y a encore une convivialité et une générosité qui fait qu’il y a moins de recours à la chimiothérapie dans le réseau familial et social. C’est une situation appréciable parce que le dialogue est facile. Dans les pays européens vous ne trouvez pas facilement quelqu’un avec qui dialoguer. Si on va chez le psychiatre, c’est pour qu’il vous accorde dix minutes pour vous écouter. Chez nous le dialogue est relativement facile.
Je vous donne un autre exemple. S’il y a un crash d’avion, les Européens vous disent immédiatement il faut une équipe médico-psychologique d’urgence. Alors que le gros problème d’entraide lorsqu’il y a un crash concerne les familles entre elles. Chacun doit raconter à l’autre ses peurs, ses peines, ce qu’il ressent de la perte d’un être cher.
Sur le plan individuel, quelle conduite à tenir face au stress ? Et ce mal peut-il conduire au suicide ?
Celui qui a un entourage familial qui le soutient s’en sortira sans faire d’efforts personnels particuliers ; celui qui est dans la misère et sans soutien familial s’en sortira beaucoup moins bien.
Celui qui en a les moyens peut programmer des activités où il rencontrera des gens avec qui il pourra discuter et se défouler.
Pour la deuxième partie de votre question, je crois qu’il y a plus grave que le suicide : c’est la démobilisation. Errer sans aucun but, sans aucune énergie, sans aucune envie, je crois que c’est terrible. Dire «je suis dégoûté», «je suis fatigué» relève souvent de symptômes révélateurs. Etre dégoûté veut dire qu’il n’y a plus rien à faire.
Quelle prise en charge offre-t-on aujourd’hui aux malades atteints de troubles psychiatriques ?
Nous avons la même prise en charge que partout ailleurs dans le monde. Pour toutes les autres pathologies, on peut souscrire à une prise en charge à l’étranger, sauf en psychiatrie où l’on vous dit que 4 ou 5 médicaments et de bonnes relations humaines suffisent. Les relations humaines ça passe par le verbe, le verbe passe par la culture et par l’identité. En psychiatrie, c’est la seule spécialité ou l’aspect technologique est mis à part et l’aspect relationnel valorisé. Ça, c’est excellent. Parce que c’est la famille qui sauve un malade mental. Chez nous, il y a aussi cette tolérance des citoyens face aux malades. Si quelqu’un fait sa crise, on appelle la police ou les secours et rien de plus, ce qui n’est pas le cas ailleurs.
On croise de plus en plus de malades mentaux dans les rues. Est-ce à dire que leur nombre a augmenté ?
Avec dix malades qui errent dans les rues, c’est vrai qu’on a l’impression que ça fait beaucoup. Le problème est que si à l’hôpital le malade est bien traité, une fois dehors personne ne le prend en charge. Déjà pour une personne normale, si elle n’est pas entourée par sa famille et son entourage, elle se sent mal. Alors pour une personne malade, que voulez-vous qu’elle fasse, sinon de rechuter. Si le malade est dépressif, il va devenir encore plus dépressif et s’il est délirant, il va rechuter. Ce que vous voyez dans les rues d’Alger est beaucoup plus un problème social parce que tous ces malades ont déjà été hospitalisés. Mais ce que je peux dire, c’est qu’il n’y a pas une augmentation de leur nombre.
Aujourd’hui, il y a un ou deux établissements psychiatriques par wilaya. A Alger, ils sont un petit peu à l’étroit parce qu’il n’y a pas eu de construction d’hôpitaux psychiatriques, en dehors de celui de Chéraga, depuis 1962.
La psychiatrie en elle-même, c’est tout l’accompagnement qu’il y a autour et c’est 10 à 15 jours en milieu hospitalier. C’est relativement passif.
Nous avons aujourd’hui 400 malades chroniques. Si vous les mettez, après leur hospitalisation, dans un appartement thérapeutique avec une ambulance et que vous leur assurez les deux repas de la journée, vous obtiendrez un résultat magnifique. Mais cela nécessite beaucoup d’efforts. Il faut dire aussi que les problèmes sociaux que vivent les jeunes - pas de travail, pas de logement - aggravent la situation.
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